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Nouvelles 17 novembre 2017

Posté par nanounanou dans : Ma vie de Nanou , trackback

En octobre j’ai participé au concours de nouvelles « 48 Heures Pour Ecrire » chez Edilivre. Le vendredi soir on nous dévoilait le thème imposé (le futur), et l’on devait rendre son texte avant minuit le dimanche. Je n’ai pas gagné, mais je continue de participer  à des concours. Il y en a pléthore en ligne. J’aime vraiment écrire mais je n’ai pas de technique. Sans doute pas non plus la discipline nécessaire pour m’atteler à un texte long, structuré et documenté. Pour l’instant la nouvelle est un  format qui me convient, et constitue un bon galop d’essai.#Jesuisparesseuse

« Reste »est pleine de défauts, de maladresses, et j’en passe.  Si je veux écrire un jour le roman du XXIeme siècle il  faudra que je suive les conseils de R.J Ellory dont, ça aussi c’est promis, je vous parlerai bientôt.

 

RESTE

Je m’appelle Cooper. Oui, je suis né l’année de la sortie du film. Mes parents l’ont tellement aimé qu’ils m’ont donné le nom du héros. Maintenant c’est la référence en termes de vulgarisation de science-fiction mais à l’époque c’était juste un bon film de Nolan. Ce n’est qu’au fil du temps qu’il est devenu ce qu’il est, mais mes parents ont tout de suite adoré.

J’ai été bercé à ce film, je l’ai vu régulièrement. La première fois j’avais trois ans et j’ai regardé sans rien comprendre, évidemment. Plus tard j’ai bien aimé la petite fille, Murphy, et encore plus tard, vers mes douze ans, tout s’est mis en place dans ma tête et dans mon coeur.

J’étais ce qu’on appelait un enfant précoce. J’avais « des capacités » : très intelligent, curieux de tout et doté de grandes facilités pour assimiler les connaissances vite et bien. Ca n’a pas toujours été facile pour mes parents mais l’avantage c’est que très tôt j’ai eu un rêve, qui est rapidement devenu un but. Je m’appelais comme lui, je ferais donc ce que Cooper fait dans le film : partir plus loin et plus longtemps que n’importe qui avant moi pour explorer l’inconnu. L’univers.

Et je l’ai fait. En 2014 Interstellar était une œuvre de Hard Science-Fiction, de la SF « dure ». Aujourd’hui c’est la réalité.

 

Je suis Cooper Cartier, space explorer, et je suis rentré sur Terre hier à l’issue d’une mission de prospection de très longue durée. La deuxième mission de l’histoire de l’humanité, pour l’instant, mais il y en aura d’autres. Nous sommes en 2224 et mon acte de naissance dit que j’ai 210 ans, mais dans le miroir je vois plus ou moins l’homme que j’étais quand je suis parti en 2066, à 52 ans. C’est l’effet désormais prouvé qui se produit lors d’un passage dans un trou de ver, ou tunnel spatio-temporel. Grâce à ce raccourci  j’ai pu, avec mon équipe, sortir de la Voie Lactée et y revenir en surmontant le défi posé par le temps, qui s’écoule plus lentement lorsque l’on voyage de cette façon. Mais je pense que je ne vous apprends rien.

Je ne sais pas comment s’en sont tirés les autres, les pionniers, mais moi j’ai beaucoup de mal à me réadapter. J’ai accompli le rêve de ma vie. Ce que j’ai vu et vécu là-haut, là-bas, est trop extraordinaire pour être décrit avec des mots. Mais le prix à payer est très élevé.

Je suis seul au monde. Entouré mais si seul. Tout le monde semble me connaître mais moi je ne reconnais personne. Car littéralement je ne connais plus personne. Tous les gens qui faisaient partie de ma vie à mon départ en 66, ma famille, mes amis, mes collègues, sont morts et enterrés. Tout m’est étranger. On est loin des retrouvailles rêvées entre le Cooper du film et sa fille Murphy.

Je savais que du point de vue de mes proches ce serait un aller simple. Dès le début de mes études d’astrophysique j’ai compris qu’il vaudrait mieux ne pas tomber amoureux, ne pas avoir d’enfants, ne rien fonder, ne pas m’attacher. A rien ni personne. Sauf que cela signifiait ne pas vivre, au fond, et si mon désir de partir était mon véritable moteur, je voulais tout de même profiter de ce que l’on appelle assez ironiquement les plaisirs terrestres. C’était certainement vaniteux, mais je voulais aussi laisser une trace. Alors j’ai décidé de vivre une vie aussi normale que possible jusqu’au grand départ. Je me suis marié, j’ai eu trois enfants. Quand j’ai quitté la Terre mes parents étaient toujours vivants, je laissais donc des êtres chers derrière moi. Mais c’était dans l’ordre des choses, comme on dit.

Dans les mois précédant le départ j’ai été pris dans un tel tourbillon de travail (entraînements, simulations, briefings) que je n’ai pas tellement pensé à ce qui se passerait le jour J. Quand on meurt, c’est sans retour, mais la plupart du temps on ne le choisit pas. Moi j’ai choisi de partir, de dire adieu aux miens. J’ai demandé à ma femme de prendre soin des enfants, aux enfants de prendre soin de leur mère. J’avais été clair avec elle dès que les choses étaient devenues sérieuses entre nous. Elle connaissait mon projet, savait que je n’y renoncerais pas et elle a accepté. Il faut croire qu’elle m’aimait assez pour ça. Mais les enfants, eux, n’avaient pas demandé à venir au monde avec un père « à date limite de consommation » comme disait mon fils aîné. Je pensais que des trois c’est lui qui acceptait le mieux la situation. Comme j’avais tort. Ma fille a réagi en me préférant à sa mère. Elle voulait profiter au maximum du temps qu’on avait ensemble je crois, et elle m’a idéalisé. Mon dernier fils, lui, a toujours eu une certaine réserve à mon égard. Il gardait ses distances. Il se protégeait, je le comprends maintenant.

En partant je ne leur ai pas promis de revenir, nous savions tous pertinemment que ça n’arriverait pas. Pas de leur vivant en tous cas. D’un côté je me sentais déchiré mais j’étais tellement excité par cette  aventure que j’attendais depuis toujours que je ne réalisais pas vraiment. Je les aimais de tout mon coeur, mais je suis parti.

J’ai été égoïste. Les premières années j’ai eu des nouvelles. Bien entendu mes enfants avaient vu le film et prétendu le détester, mais je crois que dans un coin de sa jolie tête Céleste, ma fille, espérait qu’il se passerait pour nous la même chose que pour Murphy et son père. Mais non. Je n’ai été là pour aucun évènement important de sa vie. Elle avait 18 ans quand je suis parti, Nero, le petit dernier, 15, et Jared 23.

Je n’ai plus communiqué avec eux depuis 2074. Céleste travaillait sur un projet de miniaturisation des robots domestiques et n’avait pas de petit ami. Nero voyageait autour du monde  dans son avion solaire et passait du temps dans telle ou telle confédération au gré de ses rencontres. Jared… Jared a décidé d’arrêter de vivre une nuit de mai 2070. Je l’ai appris depuis mon vaisseau. Apparemment il m’en voulait beaucoup pour cette fichue date de péremption, c’est ce que disait le message qu’il a laissé. Shari, ma femme, a été très forte, comme toujours.

Ce matin j’ai reçu un rapport complet de tout ce que j’ai manqué d’eux. J’ai appris ce que j’ignorais, comblé ces trous béants.

Ma chère Shari est tombée malade en 2078 et est morte l’année suivante.

 Céleste a eu une brillante carrière d’ingénieur. Elle ne s’est jamais mariée et n’a pas eu d’enfants. Peut-être avait-elle peur de s’attacher, après ce que sa mère avait vécu. Elle est morte à 90 ans, en 2139.

Nero a suivi ma voie en devenant explorateur, mais lui est allé chercher des solutions dans les profondeurs des océans. Ses découvertes ont permis de réaliser de gigantesques progrès dans la connaissance et l’exploitation des ressources des mers du globe. Finalement il n’était peut-être pas nécessaire de quitter la Terre pour découvrir de nouveaux espaces accueillants.  Nero est mort vieux et célèbre, en 2149, à 98 ans.

J’ai lu leurs histoires, appris tout ce que j’avais manqué. Je suis tellement fier d’eux tous, mais si triste de ne rien avoir partagé.  Je me demande si tout cela valait vraiment la peine. Aujourd’hui je suis un très vieil homme seul, coincé dans le corps d’un homme encore jeune et je ne comprends plus rien.

Pourtant, après avoir refermé le dossier qui condensait la vie de ma famille, j’ai reçu un appel en provenance d’une vaste colonie sous-marine, quelque part dans le Pacifique sud. Quelqu’un qui me relie à la vie. Quelqu’un à qui je suis lié.

Elle s’appelle Cosma. C’est ma petite-fille et elle a eu des enfants.

Je m’apprête à les rejoindre, à descendre vers les abysses pour rencontrer les miens.

Non, je n’entrerai pas docilement dans cette douce nuit. Mon vieil âge n’a pas fini de tempêter.

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